Préparer une expérimentation : quand SAFE ROADS se prépare à rencontrer le terrain

Expérimenter ne consiste pas simplement à mettre un dispositif entre les mains de ses utilisateurs et à regarder ce qui se passe. Pour apprendre réellement du terrain, encore faut-il savoir ce que l’on souhaite observer, comment recueillir les retours et ce que l’on fera ensuite de ces enseignements.
Depuis plusieurs semaines, nous vous faisons découvrir progressivement SAFEROADS.
Nous avons raconté pourquoi le projet est né, présenté son fonctionnement, expliqué le choix du serious game et montré la place essentielle des enseignants dans le dispositif.
Aujourd’hui, SAFE ROADS se rapproche d’une nouvelle étape : ses premières expérimentations en établissement scolaire.
Mais avant le terrain, il existe une phase moins visible et pourtant essentielle :
la préparation de l’expérimentation.
Car expérimenter ne signifie pas simplement vérifier qu’un outil fonctionne.
Il s’agit de confronter des hypothèses à des usages réels, d’observer ce qui se passe, de recueillir des retours et d’en tirer des enseignements pour améliorer le dispositif.
Une expérimentation commence par des questions
Lorsque l’on a passé plusieurs mois à imaginer et développer un dispositif, une tentation existe :
vouloir savoir s’il « fonctionne ».
Mais cette question est beaucoup trop large.
Que signifie fonctionner ?
Que les élèves comprennent immédiatement l’interface ?
Qu’ils restent engagés dans l’expérience ?
Qu’ils identifient mieux certaines situations à risque ?
Qu’ils réfléchissent à leurs décisions ?
Que le jeu provoque des échanges ?
Que l’enseignant puisse facilement intégrer le dispositif dans sa pratique ?
Toutes ces dimensions sont différentes.
Préparer l’expérimentation consiste donc d’abord à transformer une intuition générale en questions observables.
Pour SAFEROADS, nous souhaitons notamment regarder plusieurs dimensions :
👀 L’usage Comment les élèves entrent-ils dans l’expérience ? Où hésitent-ils ? Qu’est-ce qui leur paraît immédiatement compréhensible ?
🧠 La compréhension Les situations proposées permettent-elles d’identifier les risques, de comprendre les choix possibles et d’en percevoir les conséquences ?
🎯 La décision Comment les jeunes prennent-ils leurs décisions ? Sur quels éléments s’appuient-ils ?
💬 Les réactions et les échanges Certaines situations déclenchent-elles des questions, des discussions ou des désaccords ?
👨🏫 L’appropriation pédagogique Comment les enseignants prennent-ils en main le dispositif ? Comment l’intègrent-ils à leur accompagnement ?
L’objectif n’est donc pas simplement de regarder si les utilisateurs arrivent au bout d’une expérience.
Nous voulons comprendre ce qui se passe pendant cette expérience.
Tester le dispositif… mais aussi nos hypothèses
Derrière chaque choix de conception se cache une hypothèse.
Nous pensons qu’une situation sera comprise.
Nous supposons qu’une mécanique provoquera une réflexion.
Nous imaginons qu’un feedback aidera à comprendre les conséquences d’un choix.
Nous estimons qu’un parcours sera suffisamment intuitif.
Nous anticipons qu’une ressource sera utile à l’enseignant.
Mais tant que ces choix restent dans l’environnement de conception, ils restent des hypothèses.
Le terrain permet de les confronter à une réalité beaucoup plus riche : celle des utilisateurs.
Et c’est précisément ce que nous recherchons.
Une expérimentation réussie n’est pas nécessairement celle qui confirme tout ce que nous avions imaginé.
Elle peut aussi être celle qui révèle :
« Ici, l’élève ne comprend pas ce que nous pensions évident. »
« Cette situation provoque beaucoup plus de discussion que prévu. »
« L’enseignant utilise cette ressource d’une manière que nous n’avions pas imaginée. »
« Cette étape du parcours doit être simplifiée. »
Ces observations sont particulièrement précieuses.
Parce qu’elles permettent au dispositif d’apprendre de ses utilisateurs.
Préparer les conditions de l’observation
Observer paraît simple.
Cela ne l’est pas forcément.
Si l’on veut tirer des enseignements utiles d’une expérimentation, il faut déterminer en amont ce que l’on souhaite regarder.
Il ne s’agit évidemment pas de transformer une séance pédagogique en laboratoire.
L’expérience doit rester naturelle pour les élèves et exploitable pour les enseignants.
Mais quelques repères permettent d’éviter de ne conserver, à la fin, que des impressions générales.
Nous pouvons par exemple observer :
Entrée dans l’expérience → Compréhension → Interaction → Décision → Réaction → Échange
À quels moments les élèves hésitent-ils ?
Quelles consignes nécessitent une explication ?
Quels choix semblent évidents ?
Lesquels provoquent une réflexion ?
Que disent spontanément les élèves ?
Demandent-ils de l’aide ?
Échangent-ils entre eux ?
Comment réagissent-ils lorsqu’ils découvrent les conséquences de leur décision ?
Ce sont parfois de petits comportements très concrets qui donnent les informations les plus utiles.
Écouter les élèves
Les élèves sont évidemment au cœur de l’expérimentation.
Mais leur retour ne doit pas se limiter à :
« Est-ce que vous avez aimé ? »
Cette question peut être intéressante, mais elle ne nous dit pas nécessairement ce qu’ils ont compris.
Nous pouvons aller plus loin :
Qu’est-ce qui vous a surpris ?
Quelle situation vous a semblé difficile ?
À quel moment avez-vous hésité ?
Pourquoi avez-vous fait ce choix ?
Qu’avez-vous compris après avoir vu les conséquences de votre décision ?
Est-ce qu’une situation vous a rappelé quelque chose que vous avez déjà vécu ?
Ces questions permettent de passer de la satisfaction à quelque chose de plus intéressant pour nous :
la compréhension de l’expérience vécue.
Écouter aussi les enseignants
L’expérimentation ne concerne pas uniquement les élèves.
Nous l’avons expliqué dans notre précédent article : SAFE ROADS est conçu pour accompagner l’enseignant, pas pour le remplacer.
Les premières séances seront donc également l’occasion d'observer comment les équipes pédagogiques s’approprient le dispositif.
La prise en main est-elle suffisamment simple ?
Les objectifs sont-ils immédiatement identifiables ?
Les ressources proposées sont-elles pertinentes ?
À quels moments l’enseignant souhaite-t-il intervenir ?
Quelles situations lui donnent envie de prolonger la discussion ?
Qu’aurait-il besoin de pouvoir adapter ?
Que manque-t-il pour faciliter l’utilisation du dispositif ?
Là encore, nous ne cherchons pas uniquement à savoir si SAFE ROADS est « apprécié ».
Nous cherchons à comprendre comment il trouve sa place dans une situation pédagogique réelle.
Ne pas chercher uniquement ce qui fonctionne
C’est probablement l’un des principes les plus importants de cette phase.
Lorsqu’une équipe a beaucoup travaillé sur un projet, elle connaît naturellement ses intentions.
Elle sait ce qu’une fonctionnalité est censée permettre.
Elle connaît le parcours.
Elle comprend les choix d’interface.
L’utilisateur, lui, ne sait rien de tout cela.
Et c’est précisément pour cette raison que son regard est précieux.
Nous devons donc être attentifs aux moments où la réalité ne correspond pas à ce que nous avions imaginé.
Une hésitation.
Une mauvaise interprétation.
Une étape contournée.
Une consigne incomprise.
Une fonctionnalité peu utilisée.
Mais aussi un usage inattendu particulièrement pertinent.
Ce sont souvent les écarts entre ce que nous avions prévu et ce qui se passe réellement qui nous apprennent le plus.
Observer sans chercher à avoir raison
Une expérimentation n’est pas une démonstration.
Son objectif n’est pas de prouver que SAFE ROADS est déjà parfaitement abouti.
Au contraire.
Nous entrons sur le terrain avec des choix de conception, des convictions et des hypothèses.
Et nous devons accepter que certaines évoluent.
Cette posture change profondément la manière d’aborder l’expérimentation.
Au lieu de demander :
« Comment démontrer que notre solution fonctionne ? »
nous préférons demander :
« Qu’allons-nous apprendre de son utilisation réelle ? »
Cette différence est fondamentale.
Car elle transforme le terrain en partenaire de conception.
Après l’expérimentation : transformer les observations en améliorations
Une expérimentation n’a véritablement de sens que si ses enseignements peuvent ensuite être utilisés.
Observer.
Recueillir.
Analyser.
Prioriser.
Puis décider.
Tout ne nécessitera pas nécessairement une modification.
Certains constats confirmeront nos choix.
D’autres pourront conduire à ajuster une interface, une consigne, un scénario ou une ressource pédagogique.
Certains retours feront peut-être émerger de nouveaux besoins.
Le processus devient alors :
HYPOTHÈSES → TERRAIN → OBSERVATIONS → ENSEIGNEMENTS → AJUSTEMENTS → NOUVELLE VERSION
L’expérimentation n’est donc pas la fin du processus de conception.
Elle en fait partie.
Le terrain commence avant le terrain
Préparer une expérimentation, c’est finalement accepter un paradoxe.
Pour pouvoir rester ouvert à ce que le terrain va nous apprendre, il faut préparer précisément la manière dont nous allons l’écouter.
Définir les questions.
Identifier les points d’observation.
Préparer les échanges.
Associer les enseignants.
Recueillir la parole des élèves.
Puis prendre suffisamment de recul pour distinguer une impression d’un véritable enseignement.
C’est cette étape que nous préparons aujourd’hui avec SAFEROADS.
Et dans les prochaines semaines, nous quitterons progressivement les coulisses de la conception pour vous emmener avec nous sur le terrain.
Nous partagerons les expérimentations, les usages observés et, surtout, ce qu’ils nous auront appris.
Car notre objectif n’est pas d’arriver en établissement avec toutes les réponses.
C’est aussi d’y aller avec les bonnes questions.
🚦 SAFEROADS — Prévenir, apprendre, agir ensemble.
Prochaine étape : le terrain.
Et avec lui, une nouvelle question guidera notre démarche :
Qu’est-ce que les élèves et les enseignants vont nous apprendre sur SAFEROADS que nous ne pouvions pas découvrir autrement ?



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