INNOVER POUR L’INTÉRÊT GÉNÉRAL
- il y a 2 jours
- 6 min de lecture

L’innovation commence par une question, pas par une technologie
Par AC Novation Citoyenne
Une innovation pertinente ne commence pas par : « Quelle technologie pourrions-nous utiliser ? »Elle commence par : « Quel problème cherchons-nous réellement à résoudre ? »
Intelligence artificielle, réalité virtuelle, serious games, plateformes numériques, applications, objets connectés…
Jamais les possibilités technologiques n’ont été aussi nombreuses.
Et face à cette profusion d’outils, une tentation apparaît naturellement : commencer un projet d’innovation par la technologie.
« Et si nous faisions une application ? »
« Pourrions-nous utiliser l’intelligence artificielle ? »
« Pourquoi ne pas créer une expérience immersive ? »
Ces questions peuvent être stimulantes. Mais elles arrivent souvent trop tôt.
Chez AC Novation Citoyenne, nous défendons une autre approche.
Avant de chercher une technologie, nous cherchons à comprendre une situation, un besoin, un usage ou un problème auquel il serait utile d’apporter une nouvelle réponse.
Car l’innovation n’est pas d’abord une affaire d’outils.
C’est une affaire de questions.
La technologie n’est pas le point de départ
Une technologie peut être remarquable et ne répondre à aucun besoin réel.
À l’inverse, une innovation peut produire une transformation importante en mobilisant des technologies parfaitement ordinaires.
La nouveauté technologique et l’utilité ne sont donc pas synonymes.
C’est une distinction importante lorsque l’on souhaite innover pour l’intérêt général.
Dans l’éducation, la prévention, l’inclusion, l’accès aux droits, la citoyenneté ou encore les territoires, la question ne devrait pas être :
« Comment introduire davantage de technologie ? »
Mais plutôt :
« Qu’est-ce que nous souhaitons améliorer et pour qui ? »
Cette inversion paraît simple.
Elle change pourtant profondément la manière de concevoir un projet.
Tout commence par une question suffisamment juste
Avant une solution, il y a généralement une situation que nous cherchons à comprendre.
Pourquoi certains usages évoluent-ils ?
Pourquoi une information pourtant disponible reste-t-elle difficilement accessible ?
Pourquoi certains publics adhèrent-ils moins à un dispositif ?
Pourquoi une méthode pédagogique fonctionne-t-elle dans un contexte et moins bien dans un autre ?
Pourquoi un comportement persiste-t-il alors que les risques sont connus ?
Ces questions obligent à regarder le réel.
Et surtout, elles empêchent de décider trop rapidement de la réponse.
Une bonne question ne cherche pas immédiatement à confirmer une idée.
Elle ouvre un espace d’exploration.
Observer avant de concevoir
Une question conduit naturellement à une deuxième étape : l’observation.
Qui sont les personnes concernées ?
Que font-elles réellement ?
Quelles difficultés rencontrent-elles ?
Quelles solutions utilisent-elles déjà ?
Qu’est-ce qui fonctionne ?
Qu’est-ce qui fonctionne moins bien ?
Quelles contraintes ne voyons-nous pas depuis notre bureau ?
Cette phase peut sembler moins spectaculaire que la création d’un prototype.
Elle est pourtant déterminante.
Parce qu’entre le besoin que nous imaginons et celui que vivent réellement les utilisateurs, il existe parfois une différence importante.
Innover suppose donc d’accepter que le terrain puisse modifier notre compréhension initiale du problème.
Passer du besoin à l’usage
Comprendre un problème ne consiste pas uniquement à recueillir des opinions.
Il faut également comprendre les usages.
Prenons une situation simple.
Une personne peut déclarer qu’un outil lui serait utile.
Mais l’utilisera-t-elle réellement ?
Dans quelles circonstances ?
Avec quelle fréquence ?
Quelles difficultés rencontrera-t-elle ?
L’outil s’intégrera-t-il naturellement dans ses pratiques ?
Cette différence entre besoin déclaré et usage réel est essentielle.
C’est pourquoi nous pensons que l’innovation doit progressivement suivre une chaîne logique :
Question → Observation → Besoin → Usage → Solution → Expérimentation → Évaluation → Amélioration
La technologie n’arrive qu’au moment où nous pouvons commencer à nous demander :
quel moyen serait le plus pertinent pour répondre au besoin identifié ?
La meilleure réponse n’est pas nécessairement numérique
Cette posture implique également d’accepter une possibilité parfois inconfortable pour ceux qui travaillent dans l’innovation numérique :
la technologie n’est peut-être pas la meilleure réponse.
Un atelier peut être plus pertinent qu’une application.
Un accompagnement humain plus efficace qu’une plateforme.
Une simplification d’un processus plus utile qu’un nouvel outil.
Une nouvelle organisation peut parfois résoudre un problème mieux qu’une innovation technologique.
Choisir de ne pas utiliser une technologie lorsqu’elle n’apporte pas de valeur supplémentaire constitue aussi une décision d’innovation.
Car l’objectif n’est pas de démontrer notre capacité à utiliser les outils les plus récents.
L’objectif est de construire la réponse la plus pertinente.
Alors, à quoi sert la technologie ?
À énormément de choses.
Elle peut rendre une expérience accessible à distance.
Créer une simulation impossible à reproduire dans la réalité.
Personnaliser certains apprentissages.
Visualiser des informations complexes.
Faciliter la coopération.
Permettre l’interactivité.
Recueillir des données d’usage.
Créer des environnements d’expérimentation.
Diffuser une solution à plus grande échelle.
La technologie devient particulièrement puissante lorsqu’elle intervient au bon endroit dans la chaîne de valeur.
Elle cesse alors d’être une finalité.
Elle devient un levier.
SAFE ROADS : partir de la prévention, pas du serious game
C’est précisément la logique qui a guidé notre réflexion autour de SAFE ROADS.
Le point de départ n’a pas été :
« Nous voulons créer un serious game. Sur quel sujet pourrions-nous l’utiliser ? »
La réflexion a suivi le chemin inverse.
Nous sommes partis d’un enjeu : la prévention routière et l’évolution des mobilités des jeunes.
Puis d’une question :
Comment renouveler les approches de sensibilisation pour permettre aux jeunes non seulement de connaître les règles, mais aussi de comprendre les risques et d’adopter durablement les bons réflexes ?
C’est seulement ensuite que l’expérience interactive et le serious game sont apparus comme une piste pertinente.
Pourquoi ?
Parce qu’ils permettent de placer l’apprenant dans des situations où il peut observer, décider, constater les conséquences de ses choix, comprendre et recommencer.
Le serious game devient ainsi un moyen pédagogique au service d’une question, et non la raison d’être du projet.
La solution elle-même reste une hypothèse
Il existe cependant un deuxième piège.
Après avoir pris le temps de comprendre le problème, nous pourrions considérer que la solution imaginée est nécessairement la bonne.
Or ce n’est pas parce qu’une réponse paraît cohérente sur le papier qu’elle produira les effets attendus sur le terrain.
Une solution reste donc, au départ, une hypothèse.
C’est l’expérimentation qui permet progressivement de la confronter aux usages.
Les utilisateurs comprennent-ils le dispositif ?
Se l’approprient-ils ?
L’expérience provoque-t-elle les apprentissages attendus ?
Certaines fonctionnalités sont-elles inutiles ?
Des difficultés non anticipées apparaissent-elles ?
Le terrain peut confirmer certaines intuitions.
Mais il doit également pouvoir les contredire.
Innover, c’est accepter de reformuler la question
C’est peut-être l’un des aspects les plus intéressants de l’innovation.
Nous commençons avec une question.
Nous observons.
Nous concevons.
Nous expérimentons.
Et parfois, ce que nous découvrons nous conduit à comprendre que la question initiale n’était pas tout à fait la bonne.
Il faut alors revenir en arrière.
Reformuler.
Simplifier.
Modifier la solution.
Parfois même changer complètement d’approche.
Ce n’est pas un échec du processus d’innovation.
C’est le processus d’innovation.
De l’innovation technologique à l’innovation utile
Cette distinction nous semble particulièrement importante aujourd’hui.
La vitesse des transformations technologiques peut créer une forme de course permanente à la nouveauté.
Chaque nouvelle technologie semble devoir immédiatement trouver son application.
Mais l’intérêt général demande une temporalité différente.
Il demande de comprendre.
D’associer les acteurs concernés.
De questionner les usages.
D’expérimenter.
D’évaluer.
Et seulement ensuite d’envisager un déploiement plus large.
La véritable question n’est donc pas :
« Utilisons-nous une technologie suffisamment innovante ? »
Mais :
« Créons-nous une réponse suffisamment utile pour améliorer réellement une situation ? »
Une méthode qui dépasse SAFE ROADS
SAFE ROADS constitue le premier cas que nous avons choisi de documenter dans notre collection « Innover pour l’intérêt général ».
Mais la démarche dépasse largement la prévention routière.
Elle peut s’appliquer à l’éducation.
À la formation.
À l’inclusion.
À la citoyenneté.
Aux territoires.
À l’accès aux droits.
À la transition écologique.
Et plus largement à tous les domaines dans lesquels nous cherchons à construire des réponses nouvelles à des enjeux collectifs.
Le principe reste le même :
ne pas tomber amoureux de la technologie avant d’avoir compris le problème.
Innover pour l’intérêt général, c’est d’abord apprendre à questionner
Nous associons souvent l’innovation à la capacité de trouver des réponses.
Peut-être devrions-nous davantage la relier à la capacité de poser les bonnes questions.
Que cherchons-nous réellement à transformer ?
Pour qui ?
Pourquoi ?
Avec quels acteurs ?
Comment saurons-nous que la situation s’est améliorée ?
Quels effets inattendus devons-nous observer ?
Et surtout :
sommes-nous prêts à modifier notre solution si le terrain nous apprend autre chose ?
Ces questions sont moins spectaculaires qu’une démonstration technologique.
Mais elles déterminent souvent la pertinence de ce que nous construirons ensuite.
Conclusion
L’innovation ne commence donc pas avec un outil.
Elle commence avec une situation que nous décidons de regarder autrement.
Une difficulté.
Un besoin.
Un usage.
Une interrogation.
Puis vient le temps de l’observation, de la coopération, de la conception et de l’expérimentation.
La technologie peut alors entrer en scène.
Parfois de manière déterminante.
Mais toujours à sa juste place :
au service de la réponse, et non à l’origine artificielle du besoin.
Chez AC Novation Citoyenne, c’est cette conception que nous souhaitons défendre à travers notre collection « Innover pour l’intérêt général ».
Parce qu’avant de demander :
« Que pouvons-nous créer avec cette technologie ? »
nous préférons commencer par une autre question :
« Qu’avons-nous réellement besoin de changer ? »
À retenir
Une innovation utile ne commence pas par le choix d’une technologie. Elle commence par une question suffisamment juste pour nous obliger à comprendre le réel avant d’imaginer la réponse.
INNOVER POUR L’INTÉRÊT GÉNÉRAL Des enjeux de société aux solutions expérimentées sur le terrain.
AC Novation Citoyenne — Innover • Coopérer • Transmettre • Inclure • Agir pour l’intérêt général




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