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Sensibiliser n'est pas informer : pourquoi connaître un risque ne suffit-il pas à changer un comportement ?

il y a 7 jours
8 min de lecture

COLLECTION — PRÉVENTION & COMPÉTENCES

Formation professionnelle, apprentissage et insertion : comment passer de la transmission des connaissances à des expériences qui développent la capacité d'agir ?

Nous savons parfois ce qu'il faudrait faire. Pourtant, nous n'agissons pas toujours en conséquence.

Nous connaissons les dangers de certaines situations professionnelles.

Nous savons qu'un message frauduleux peut compromettre la sécurité informatique d'une organisation.

Nous avons entendu les consignes de prévention des accidents.

Nous connaissons les risques liés à certains comportements sur la route, dans un atelier ou dans notre environnement de travail.

Et pourtant, face à une situation réelle, nous ne prenons pas toujours la décision attendue.

Pourquoi ?

Parce que connaître un risque ne signifie pas nécessairement savoir le reconnaître, l'évaluer et agir de manière adaptée lorsqu'il se présente.

Cette distinction est fondamentale pour les acteurs de la formation professionnelle, de l'emploi et de l'acquisition des compétences.

Elle invite à repenser la place de la prévention dans les dispositifs pédagogiques.

Et si notre objectif n'était plus seulement d'informer sur les risques, mais de permettre aux apprenants de s'y préparer concrètement ?

1. Informer, sensibiliser, former : trois intentions différentes

Dans de nombreux dispositifs de prévention, ces trois notions sont utilisées comme si elles étaient interchangeables.

Elles poursuivent pourtant des objectifs distincts.

Informer : transmettre une connaissance

Informer consiste à rendre une information accessible.

On explique une règle, présente un danger, décrit une procédure ou communique des recommandations.

L'apprenant découvre ce qu'il doit savoir.

C'est une première étape indispensable.

Mais l'information ne garantit ni sa compréhension approfondie ni sa mobilisation dans une situation réelle.

Sensibiliser : faire prendre conscience d'un enjeu

Sensibiliser consiste à donner du sens à cette information.

Il s'agit de permettre à une personne de comprendre pourquoi un risque la concerne, quelles peuvent être ses conséquences et en quoi ses propres décisions peuvent jouer un rôle.

La sensibilisation mobilise davantage les représentations, l'attention et la perception du risque.

Mais prendre conscience d'un danger ne garantit pas, à lui seul, un changement de comportement.

Former : développer une capacité d'action

Former implique d'aller plus loin.

L'objectif devient de permettre à l'apprenant de reconnaître une situation, d'analyser les informations disponibles, de prendre une décision et de mobiliser les comportements appropriés.

La formation ne se limite plus à transmettre ce qu'il faut savoir.

Elle cherche à développer ce que la personne sera capable de faire dans une situation donnée.

C'est précisément à cette articulation entre information, sensibilisation et mise en pratique que les nouvelles approches pédagogiques peuvent apporter une réelle valeur.

2. Pourquoi la connaissance d'un risque ne suffit-elle pas ?

Un comportement ne dépend jamais uniquement de la quantité d'informations dont dispose une personne.

Plusieurs facteurs interviennent dans ses décisions.

La perception du risque. Un danger peut être connu sans être considéré comme probable ou personnellement pertinent.

Le contexte. Le manque de temps, la pression, les habitudes ou les contraintes de travail peuvent influencer les choix.

L'expérience. Une personne qui n'a jamais rencontré une situation peut avoir des difficultés à identifier les signaux annonciateurs d'un risque.

Les automatismes. Dans certaines situations, nous réagissons selon des habitudes plutôt qu'à partir d'une analyse consciente.

La confiance dans ses capacités. Savoir ce qu'il faudrait faire ne signifie pas toujours se sentir capable de le faire.

Prenons l'exemple d'un jeune apprenti.

Il connaît les règles de sécurité applicables dans son environnement professionnel.

Mais saura-t-il identifier une situation dangereuse lorsqu'elle se présente sous une forme inhabituelle ?

Saura-t-il interrompre une action, demander de l'aide ou adapter son comportement lorsque plusieurs contraintes se cumulent ?

C'est dans cet écart entre connaissance théorique et décision en situation que se joue une part importante de l'efficacité de la prévention.

3. Faire évoluer la prévention : de la consigne à la situation

Les approches pédagogiques traditionnelles privilégient souvent une progression simple :

INFORMATION → EXPLICATION → MÉMORISATION

Cette logique reste utile pour acquérir les connaissances de base.

Mais lorsqu'il s'agit de développer des compétences de prévention, une autre progression peut la compléter :

OBSERVER → IDENTIFIER → ANTICIPER → DÉCIDER → EXPÉRIMENTER → COMPRENDRE

L'apprenant n'est plus uniquement destinataire d'un message.

Il devient acteur d'une situation.

Il doit repérer les informations pertinentes, identifier les risques, envisager différentes options et comprendre les conséquences possibles de ses choix.

Cette approche permet de travailler une dimension essentielle de la prévention : la capacité à mobiliser ses connaissances au bon moment et dans le bon contexte.

Elle ne remplace pas les apprentissages théoriques.

Elle leur donne un espace de mise en pratique.

4. Les expériences numériques interactives : apprendre à décider

Les outils numériques offrent aujourd'hui de nouvelles possibilités pour concevoir des situations pédagogiques.

Parcours interactifs, simulations, serious games, environnements 3D ou expériences immersives peuvent permettre aux apprenants d'explorer des situations difficiles à reproduire dans un cadre classique.

Leur intérêt ne réside pas uniquement dans leur dimension technologique.

Il réside dans la nature de l'expérience proposée à l'utilisateur.

Reconnaître une situation à risque

Une simulation peut présenter un environnement professionnel dans lequel plusieurs signaux doivent être identifiés.

L'apprenant observe, analyse et sélectionne les éléments qui lui semblent importants.

Prendre une décision

Plutôt que de simplement lire une consigne, il doit choisir comment réagir.

Chaque décision peut être accompagnée d'un retour pédagogique.

Comprendre les conséquences

L'expérience peut montrer les effets possibles d'un choix, sans exposer l'apprenant à un danger réel.

Recommencer et progresser

L'apprenant peut explorer une autre option, corriger son raisonnement et consolider progressivement ses acquis.

La technologie devient alors un moyen de créer un environnement où l'on peut s'entraîner à décider avant de devoir agir dans la réalité.

5. Faire de l'erreur une occasion d'apprendre

Dans de nombreuses situations de prévention, l'erreur peut avoir des conséquences importantes.

C'est précisément pourquoi les environnements simulés présentent un intérêt pédagogique.

Ils permettent de confronter l'apprenant à une décision sans reproduire les risques réels.

Mais pour être formatrice, l'erreur doit être accompagnée.

Il ne suffit pas d'indiquer :

« Mauvaise réponse. »

Il faut aider l'apprenant à comprendre :

  • Quel élément de la situation n'a-t-il pas identifié ?

  • Pourquoi sa décision pouvait-elle sembler pertinente ?

  • Quel risque n'a-t-il pas anticipé ?

  • Quelles autres options étaient possibles ?

  • Comment pourrait-il réagir dans une situation comparable ?

Le feedback devient ainsi une composante centrale de l'apprentissage.

L'objectif n'est pas de sanctionner une erreur virtuelle, mais de permettre à l'apprenant d'en comprendre les mécanismes.

Cette logique est particulièrement intéressante pour les apprentis, les demandeurs d'emploi et les actifs confrontés à de nouveaux environnements professionnels.

6. Des applications concrètes pour la formation professionnelle et l'emploi

La prévention ne constitue pas un domaine isolé.

Elle traverse de nombreuses situations d'apprentissage et d'insertion professionnelle.

Sécurité et prévention des risques professionnels

Permettre à un apprenti de reconnaître une situation dangereuse, de comprendre une procédure ou de prendre une décision adaptée dans un environnement simulé.

Cybersécurité et usages numériques

Placer un collaborateur face à un message suspect, une demande inhabituelle ou une situation impliquant des données sensibles.

L'objectif n'est plus seulement de connaître les règles, mais de savoir les appliquer.

Mobilité et sécurité routière

Faire expérimenter des situations de déplacement, identifier des facteurs de risque et comprendre les conséquences possibles de certaines décisions.

Santé et prévention

Concevoir des expériences permettant de reconnaître des situations, de comprendre les enjeux de prévention et d'identifier les comportements appropriés.

Intégration dans un nouveau métier

Accompagner la découverte des risques, des gestes professionnels, des responsabilités et des situations auxquelles une personne peut être confrontée.

Ces exemples ont un point commun.

La prévention devient une compétence qui se construit, s'exerce et se consolide.

7. Quel rôle pour les organismes de formation et les acteurs de l'emploi ?

Les organismes de formation, CFA, structures d'insertion et acteurs de l'accompagnement professionnel jouent un rôle essentiel.

Ils peuvent articuler trois dimensions complémentaires :

La connaissance, pour comprendre les règles, les risques et les procédures.

L'expérience, pour s'exercer à reconnaître des situations et prendre des décisions.

L'accompagnement humain, pour analyser les choix, discuter des difficultés et transférer les acquis vers les situations professionnelles.

Un serious game ou une simulation ne remplace donc pas nécessairement le formateur.

Il peut devenir un support d'échange, d'observation et de débriefing.

Le formateur aide alors les apprenants à mettre des mots sur leurs décisions, à confronter leurs raisonnements et à faire le lien avec leur environnement réel.

Cette complémentarité entre expérience numérique et accompagnement pédagogique constitue une piste particulièrement intéressante pour faire évoluer les dispositifs de prévention.

8. Comment savoir si un dispositif de prévention fonctionne réellement ?

Le nombre de participants sensibilisés constitue une information utile.

Le taux de complétion d'un module également.

Mais ces indicateurs ne suffisent pas à établir que les compétences attendues ont été acquises ou que les comportements ont changé.

Pour aller plus loin, il faut s'intéresser à d'autres questions.

L'apprenant reconnaît-il mieux les situations à risque ?

Est-il capable d'expliquer les conséquences d'une décision ?

Mobilise-t-il les bonnes connaissances dans une situation nouvelle ?

Progresse-t-il lorsqu'il rencontre une difficulté ?

Parvient-il à transférer ses apprentissages dans son environnement professionnel ?

Les expériences interactives peuvent fournir des occasions d'observer certaines de ces dimensions.

Les choix effectués, les hésitations, les erreurs ou les progrès peuvent contribuer à l'évaluation pédagogique, à condition d'être interprétés avec précaution et dans le respect des données personnelles.

Pour mesurer un changement de comportement durable, il reste nécessaire de compléter ces observations par des évaluations adaptées aux situations réelles.

L'efficacité d'un dispositif ne se résume pas à sa capacité à capter l'attention. Elle dépend aussi de ce que les apprenants sont ensuite capables de comprendre et de faire.

9. Concevoir la prévention autrement : partir des compétences à développer

Avant de choisir un outil ou une technologie, une question devrait guider la conception :

« Quelle capacité voulons-nous réellement développer chez l'apprenant ? »

S'agit-il de reconnaître un danger ?

D'anticiper une conséquence ?

De prendre une décision ?

D'appliquer une procédure ?

De demander de l'aide ?

De modifier une pratique professionnelle ?

À partir de cette intention, il devient possible de construire une expérience pédagogique adaptée.

La démarche peut suivre plusieurs étapes :

COMPRENDRE les publics, leurs connaissances et leurs situations réelles.

IDENTIFIER les risques et les compétences à développer.

SCÉNARISER des situations pertinentes.

FAIRE EXPÉRIMENTER des choix et leurs conséquences.

ACCOMPAGNER la compréhension grâce au feedback et au débriefing.

ÉVALUER les acquis et leur mobilisation.

AMÉLIORER le dispositif à partir des observations.

Le format — simulation, serious game, parcours interactif, atelier ou dispositif hybride — vient ensuite.

Car la meilleure expérience n'est pas nécessairement la plus spectaculaire.

C'est celle qui permet à l'apprenant de progresser face aux situations qu'il rencontrera réellement.

Conclusion — Prévenir, c'est aussi apprendre à agir

Informer reste indispensable.

Sensibiliser permet de donner du sens.

Mais lorsqu'il s'agit de prévenir des risques et de développer des comportements adaptés, ces deux démarches gagnent à être prolongées par des expériences d'apprentissage.

Des expériences qui permettent d'observer, de réfléchir, de décider, de se tromper, de comprendre et de recommencer.

Pour les acteurs de la formation professionnelle, de l'emploi et de l'insertion, l'enjeu est important : préparer les personnes non seulement à connaître leur environnement professionnel, mais aussi à y agir avec davantage de discernement.

La prévention ne devrait pas seulement transmettre les bons messages. Elle devrait contribuer à développer les bonnes capacités d'action.

C'est dans cette perspective que les arts numériques, le design pédagogique, la simulation et les expériences interactives peuvent ouvrir de nouvelles possibilités pour la formation.

La question à retenir

Et si, pour mieux prévenir les risques, nous commencions par faire expérimenter les situations plutôt que de simplement les expliquer ?

Institut des Arts Numériques — Collection Prévention & Compétences

Explorer les nouvelles formes d'apprentissage, de sensibilisation et de formation par les expériences numériques.

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